Responsabilité des collectivités locales dans la mise en œuvre du développement durable
 





La responsabilité des collectivités locales dans la mise en œuvre du développement durable peut s'illustrer dans de multiples domaines.

L'idée de développement durable est suffisamment globale et polymorphe pour prétendre se décliner dans l'ensemble ou presque du champ des politiques publiques locales. Une série de grands enjeux peut être dégagée et illustrée.


Organisation et aménagement de l'espace

 Dans ce domaine primordial, les procédures existantes peuvent constituer des outils efficaces d'une politique de développement durable, à condition d'être bien articulées :

le schéma de cohérence territoriale (SCOT), qui remplace l'ancien schéma directeur, vise à mettre en cohérence les politiques d'urbanisme, d'habitat, de déplacements et d'équipement commercial à l'échelle d'une aire urbaine;

Le SCOT est un document conçu par des élus, à l'échelle d'un bassin de vie, d'emploi ou d'habitat. Son élaboration est assurée par un EPCI ou mixte également compétent pour son suivi et sa révision. Le SCOT fixe les objectifs d'aménagement et d'urbanisme et doit articuler toutes les démarches de planification et de programmation. Il s'agit d'assurer l'équilibre entre, d'une part, le renouvellement urbain, la maîtrise du développement urbain, le développement de l'espace rural et, d'autre part, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles, forestières, à la protection des espaces naturels et des paysages. Ensuite, il s'agit de respecter la diversité des fonctions urbaines et la mixité sociale dans l'habitat et l'emploi. Enfin, il faut assurer une mise à profit, de façon économe et équilibrée, des espaces naturels, urbains, périurbains et ruraux.


le plan local d'urbanisme (PLU), qui remplace le plan d'occupation des sols (POS), détermine l'affectation des espaces à l'échelle communale ou intercommunale. Le PLU doit comporter un Plan d'Aménagement et de Développement Durable (PADD), qui définit l'organisation générale du territoire communal en termes d'urbanisme et d'aménagement et précise éventuellement la vocation de certains espaces ou quartiers;
Le PLU est conçu à l'initiative d'une commune et est le cadre de référence des actions d'aménagement en matière de politique d'habitat, de traitement des espaces publics, de préservation des paysages. Le PLU identifie les secteurs qui ont vocation à se renouveler, ceux qui doivent être protégés. Il doit permettre de donner un contenu plus opérationnel et plus précis aux secteurs faisant l'objet d'un projet de renouvellement urbain.


le programme local de l'habitat (PLH) planifie quant à lui pour une durée d'au moins cinq années les efforts de la collectivité en matière de construction de logements neufs ou de réhabilitation, et définit la politique d'offre de logements sociaux. La loi SRU encourage l'élaboration de PLH intercommunaux.

Le PLH définit les objectifs et les principes d'une politique visant à répondre aux besoins en logement et à assurer entre les communes et les quartiers d'une même commune une répartition équilibrée et diversifiée de l'offre de logement.
Document de programmation à moyen terme (5 ans), le PLH est outil intercommunal permettant de définir une politique de l'habitat à une échelle géographique " pertinente ", qui est généralement le bassin d'habitat. Depuis la loi SRU, la cohérence avec le SCOT, en terme de périmètre et de contenu, doit être recherchée.

 Les objectifs de ces procédures sont complémentaires, et promeuvent une ville "des courtes distances", une ville qui se reconstruit sur elle-même :
La ville des courtes distances privilégie une accessibilité de services de type « 20 minutes - 1 heure », elle avantage les transports collectifs et favorise les circulations douces (vélo, marche) au détriment des déplacements effectués en voiture individuelle.

Préconisée par la Commission européenne (livre vert), la ville des courtes distances vise à implanter l'essentiel des services quotidiens à moins de 800 m des logements, des pôles d'échanges ou des parcs relais.
Les Hollandais ont clairement affiché cet objectif dans leur plan d'aménagement du territoire : doubler l'utilisation des transports publics, limiter la croissance de l'usage de la voiture. La politique de l'ABC consiste à classer les sites en fonction de leur desserte et à localiser les générateurs de déplacement en concordance (la bonne entreprise au bon endroit).
 
  • limitation de l'étalement urbain et de l'éparpillement résidentiel : maîtrise foncière des terrains, utilisation des friches urbaines, densification du bâti
  • articulation entre urbanisme et desserte en transports, en particulier en infrastructures de transports en commun;
  • mixité dans les usages du sol, lutte contre la ségrégation spatiale et sociale
  • reconquête des espaces publics et valorisation de leur fonction sociale, préservation de la richesse écologique de certains espaces naturels (réserves foncières)


 La loi SRU renforce les procédures de concertation autour de la révision d'un POS (ou PLU…), et plusieurs communes ont profité de l'occasion pour annoncer la mise en oeuvre d'un Agenda 21 en parallèle : c'est le cas de la Ville de Paris en 2001 et de Versailles (Yvelines) à la fin de 2002 (partenariat avec l'ARENE Ile-de-France).
 


Développement social

Le traitement des grands dysfonctionnements sociaux (pauvreté, chômage, habitat dégradé, violence…) est une part de la responsabilité des collectivités locales en matière de développement durable. Ces dysfonctionnements s'additionnent d'ailleurs souvent aux problèmes d'environnement dans les espaces les plus concernés : l'exposition au bruit des ménages français est par exemple directement corrélée à leur niveau de ressources (modicité des loyers à proximité des "points noirs" en termes de nuisances sonores).

Les territoires confrontés aux friches industrielles se heurtent aussi à une triple problématique : environnementale (pollutions possibles du sous-sol, déchets inertes importants…), économique (montée du chômage, diminution des ressources financières locales) et sociale (difficultés de reclassement des anciens salariés, dévitalisation du tissu local).

Les collectivités locales peuvent engager des moyens importants au renouveau de leurs quartiers dégradés :


Développement des activités économiques et de l'emploi

Le développement économique est une compétence et une préoccupation naturelle des collectivités locales. Les pratiques existantes ne privilégient toutefois pas toujours une approche intégrée des préoccupations environnementales, sociales et économiques dans les projets d'implantation d'entreprises ou dans la valorisation des ressources locales.

Une perspective de développement durable doit conduire les collectivités locales à s'interroger sur les liens entre entreprises et territoire, et à renforcer ceux-ci dans tous les domaines. Le développement de partenariats entre collectivités locales et milieux économiques peut s'illustrer par de nombreuses initiatives concrètes :
 

L'"ancrage" d'une entreprise à un territoire revêt de multiples dimensions, interdépendantes. En s'engageant dans une démarche de gestion de ses impacts environnementaux, l'entreprise signale positivement son rapport étroit au territoire qui l'abrite. A son tour, elle pourra bénéficier des retombées de la dynamique enclenchée localement.

L'exemple des systèmes productifs locaux (SPL) ou districts industriels, témoigne des possibilités ouvertes par la mutualisation de certaines ressources et fonctions pour les entreprises d'un même secteur d'activité et proches géographiquement, avec le soutien des collectivités locales. Ainsi, le SPL "Granit du Tarn", qui fédère 220 entreprises (1400 emplois) dans le domaine de l'extraction et de la transformation du granit (le Tarn concentre le plus gros gisement français) a fait réaliser en 2002 une étude de traitement des déchets propres à ce type d'activité.

Un SPL est une organisation industrielle spécifique, caractérisée par une concentration spatiale de la production spécialisée autour d'un produit, d'un métier. Les SPL ne se délimitent pas a priori selon les limites administratives du territoire. Un SPL a pour objectifs de conforter les PME-PMI d'un territoire, d'un même secteur ou ayant des activités complémentaires, en consolidant les échanges interentreprises.


Les procédures contractuelles entre Conseils régionaux et territoires de projets (Pays, agglomérations…) peuvent permettre de co-financer des programmes de développement économique local.

En Rhône-Alpes, la Région propose ainsi un Contrat de développement Rhône-Alpes (CDRA) aux territoires candidats. Ces territoires correspondent si possible à un Pays, lorsque celui-ci existe, ou à l'aire d'un bassin d'emploi (zonage INSEE).

Prévus pour une durée de cinq ans, un CDRA s'appuie sur une charte définissant les axes directeurs du projet, et sur le travail de concertation et de réflexion conduit au sein de conseils locaux de développement, associant élus et acteurs socio-économiques (sur le modèle du Conseil de développement d'un Pays). Prioritairement axés sur des objectifs de développement économique, ces contrats doivent intégrer la problématique du développement durable, et proposer des actions en faveur de la formation professionnelle.


Déplacements et mobilité

En lien avec leur rôle d'aménageur, les collectivités locales disposent de nombreux leviers d'actions pour infléchir la tendance lourde à la croissance des déplacements individuels en automobile.

A l'échelle d'une agglomération, le Plan de Déplacements Urbains (PDU), relancé par la loi sur l'air et l'utilisation rationnelle de l'énergie, est obligatoire pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants. L'ambition commune des PDU est de réduire à terme la part des déplacements automobiles au profit des transports en commun, du vélo et de la marche à pied.

De nombreuses mesures combinées peuvent favoriser ce rééquilibrage :


Les transports interurbains constituent également un enjeu de tout premier ordre : l'offre en transports collectifs des Conseils généraux et des Conseils régionaux peut contribuer à réduire la part modale de l'automobile pour les déplacements de voyageurs. Ainsi, les investissements consentis par les régions dans l'amélioration de l'offre et des dessertes en trains express régionaux (TER) ont joué un effet de levier significatif sur la fréquentation des lignes. En Nord-Pas-de-Calais, où la Région a soutenu dès 1978 le développement du réseau TER, le nombre de trains en circulation a augmenté de 60% entre 1981 et 2001, et la fréquentation a presque doublé (90% de hausse).

Face à l'allongement constaté des distances domicile-travail, de nombreuses agglomérations réfléchissent à l'articulation entre transports périurbains et transports urbains. Les projets de train-tram, comme à Mulhouse (Bas-Rhin) ou Nantes (Loire-Atlantique), illustrent cette préoccupation, de même que les initiatives d'harmonisation tarifaire entre transporteurs publics urbains, départementaux et régionaux.


Ecogestion des ressources naturelles, de l'énergie et des déchets

Les collectivités locales ont une responsabilité de premier plan dans l'objectif de maîtrise des impacts environnementaux du processus de développement économique et social qu'elles tentent d'orienter.

Cette responsabilité s'applique à leur fonctionnement interne, mais aussi au territoire sur lequel elles exercent leurs compétences. Un développement durable de ce territoire ne saurait s'envisager sans la recherche systématique d'une protection des écosystèmes fragiles, d'une économie des ressources naturelles, d'une réduction des consommations de matières premières et d'énergie, d'une réduction de la production de déchets.

Certaines initiatives peuvent bénéficier directement au cadre de vie des populations : la préservation d'espaces naturels au milieu des villes et aux abords (ceintures vertes, terres agricoles périurbaines…) permet de protéger la faune et la flore locales ou d'atténuer les effets de la pollution atmosphérique. Elle profite aussi directement aux populations urbaines, leur offrant un espace récréatif, des produits agricoles de qualité sur les marchés, et plus généralement un contact avec la nature précieux pour l'équilibre personnel.

D'autres initiatives, concernant la collecte et le tri des déchets, les économies d'eau ou la lutte contre l'effet de serre, peuvent sembler de faible envergure par rapport aux problèmes globaux déjà évoqués.

Ce sont pourtant les indispensables "petits ruisseaux" qui permettront d'infléchir les tendances générales et ont déjà permis de notables améliorations dans certains domaines : les actions en faveur du traitement des déchets ont par exemple permis de réduire drastiquement le nombre de décharges sauvages en France.

Les projets de valorisation des déchets en tant que ressources (recyclage, compost individuel, valorisation énergétique…), de maîtrise de la demande d'énergie (travaux d'isolation des logements, conception de bâtiments HQE…) ou de développement des énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse…) sont autant d'opérations pilotes qui incarnent avec force l'idée de développement durable, et qui peuvent figurer en première place dans un projet de territoire de type Agenda 21.

Même au niveau local, un plan de lutte contre l'effet de serre peut relayer l'action nationale et avoir des résultats significatifs en combinant mesures de réduction des émissions provoquées par les transports et mesures d'économie de l'énergie dans l'habitat et les bâtiments publics.
 

Coopération Nord-Sud et lutte contre les menaces globales

Une politique de développement durable au niveau local ne saurait ignorer la dimension planétaire des problématiques abordées, dans un contexte d'interdépendances renforcées (périls mondiaux sur l'environnement, globalisation des échanges commerciaux et des flux financiers).

A leur échelle, les collectivités locales peuvent développer des projets de coopération décentralisée visant à stimuler le développement des régions les plus défavorisées tout en préservant leurs milieux et ressources naturels.

Comme dans les politiques locales, une approche "développement durable" de la coopération décentralisée privilégie les actions à dividendes multiples, basées sur une participation active des populations intéressées.

Ainsi, l'installation d'une unité de production d'électricité décentralisée en milieu rural (panneaux photovoltaïques, éolienne, biomasse, micro-hydraulique…) et la formation adéquate de techniciens locaux pourront peut-être permettre de remplacer un groupe électrogène à essence (réduction de la pollution et des transports induits), alimenter en énergie une activité artisanale (développement économique) et améliorer les conditions de vie au quotidien (réfrigérateur, éclairage…).

La promotion du commerce équitable ou de l'éco-tourisme relève également d'une triple approche (économique, sociale, environnementale) des relations d'échanges marchands avec les pays du Sud.

Les échanges d'expériences et de savoir-faire entre villes et territoires du monde ne fonctionnent pas à sens unique : plusieurs démarches participatives innovantes conduites dans certains pays du Sud suscitent aujourd'hui l'intérêt de nombreuses collectivités locales, telles le budget municipal participatif de Porto Alegre (Brésil), ou la campagne populaire de développement de l'Etat du Kerala (Inde).